soleil
"Le soleil ne peut pas mendier. Si, au contraire, par accident, les premiers sous-entendus étaient des "Aimez-moi !", jamais le soleil n'aurait tant d'or ! J'ai vu des pitres pitoyables jouer en pensant "Aimez-moi...". Leurs yeux, leurs mains, leurs joues n'avaient que ces mots à la bouche. "Aimez-moi...". Le public leur en veut, et quitte le cercle. Il perçoit comme un malaise, une demande, une pitié qui les dérange. Les gens se sentent pleins en arrivant, se savent vides en repartant, délestés de ce qu'ils ont offert malgré eux au mendiant artistique. Si, au contraire, ils viennent voir, se sentent aimés et emportés par un courant qui les entoure, un sourire, un regard qui les accueille et les rassure, et les fait rire comme des braises et les réchauffe comme du feu, ils arriveront vides et repartiront pleins. L'artiste les auras réchauffés. Il est soleil de métier. C'est donc un théâtre "Je vous aime" et non un théâtre "Aimez-moi" qu'il convient de donner. C'est le théâtre-vitamine. Il offre tout le magnésium contenu dans une banane..."
in "Le Triomphe du Saltimbanque, Petit essai sur les arts de rue", Stéphane Georis