Marie Papillon

premier labyrinthe

j'ai rencontré un poète

un chat noir

élancé gracieux athlétique

anguleux mouvant détaché

et pourtant

il semble vouloir partager

quelque chose

cela m'a rendue joyeuse

lumineuse

enfin

alignée avec cette rencontre

heureuse

hâtive presque

mais j'aime son rythme de pattes sûres

qui me dit que j'ai

peut-être

le temps

même si ce soir

tout à coup

et

soudainement

je crains de me noyer

dans tous ces mots

ces labyrinthes de sensations

qui m'échappent

dont je ne comprends entre les lignes finalement que peu de choses

qui me font mesurer encore et toujours la distance entre les êtres qui pensent

et j'ai envie de crier :

NON !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

parce que je me connais un peu

il y a toujours un moment

où je commence à avoir peur

et la peur me fait fouiner

et la peur me fait fouiller

et la peur me propose de complexes labyrinthes

et des rêves remplis de couloirs infinis et sans issues

et je déteste ça

comme si avoir peur c'était déjà toujours le début de la fin

atterrissage brutal en plein vol plané

parce que la peur me fait décoller

je n'arrive plus à rester ancrée

bon

passons

j'ai rencontré un poète

et je t'écris pour avoir un tiers

une amitié sincère

qui me tende la main

j'ai rencontré un poète

et je pense à toi

si parcimonieux avec tes mots

j'ai rencontré un poète

et tu me manques encore

toi qui voulais parler mais qui à présent ne dis plus rien

toi qui m'est perdu dans une vie lointaine

où il n'y a qu'un peu voir pas trop de place pour moi

toi qui vit dense danse dense

je suis encore jalouse de cela

j'ai rencontré un nouveau poète

l'un de ceux qui se déclarent comme tels

et je pense à vous

qui avez laissé tomber le mot pour le vivre

vous dont l'épaisseur me donne toujours l'eau à la bouche

j'ai rencontré un poète

et j'ai l'eau à la bouche

peut-être

c'est vrai

mais je n'en sais rien

car il y a la légère danse des pensées

à l'envers de la peau de l'une et de l'autre

qui semble vouloir entamer une étape nouvelle

plus précise peut-être

mais précise de quoi ?

je ne sais pas

pour une fois

je voudrais

que les mots ne plus m'encombrent

que la vie avale les venteux

en goule

que je digère

de la matière

première

des instants

concrets

le contraire de fuir

de fuyant

c'est

(zut y'en a plein)

certain - constant - durable - fixe - sûr

comme un rendez-vous pris une fois par semaine

(trois nuits par semaine

sa peau contre ma peau

et je suis avec elle)

(zut c'est encore toi et toi qui est juste qui est qui fait du pensée bombing, mais quand tu t'en vas pourquoi tu restes comme ça ooh, pas que ça ne me fasse pas plaisir mais c'est douloureux un peu si, j'aimerais vivre concret encore, pas juste une chanson débile chargée d'espoir naïf puis de déception, les épisodes en pointillés je veux un point t'y es)

voilà

tu m'as déconcentrée

de mon poète

d'un chat noir

pour une âme de chatte noire

qui danse

quand on croit se ressembler trop

quoi

mais comme d'habitude

je vais trop vite

je brûle le étapes

je prends l'ascenseur

j'ai pas appris à prendre l'escalier

c'est pénible

de ne pas savoir monter les marches

c'est pas l'effort que ça demande

c'est de ne pas savoir où poser le pied

c'est où la prochaine ?

c'est l'heure où je devrais dormir

et je t'écris

en attendant de voir s'il y a vraiment une marche

pour monter ou descendre quelque part

escalier de Penrose

gravé par Escher

premier labyrinthe

très chèr.e