Marie Papillon

les mouches

ça y est, elle attirait les mouches. elle avait beau avancer les petites bêtes la suivaient et formaient de petites grappes autour d'elle. si elle s'arrêtait l'essaim n'en devenait que plus gros. les mouches se tenaient néanmoins à distance respectueuse, ne la piquaient pas. les associations d'idées que cette bruissante compagnie provoquait en elle la troublaient. elle pensait aux dépouilles d'animaux aux chairs encore bouillonnantes de vie qui offraient aux mouches un festin. était-elle encore vivante ? elle se sentait bien là pourtant, plus tranquille et cohérente que jamais, à randonner sans fin. "on attrape pas les mouches avec du vinaigre". avait-elle alors quelque odeur de miel sur elle, une substance olfactive active qui prouvait que, justement, elle était bien vivante ? elle se mit à rêver à ces performeurs qui savent respirer au milieu d'un essaim d'abeilles, et qui disparaissent aux yeux de la société sous un nuage noir. bourdonnants, chaque cellule oscillant en fréquences multiples et accordées ensemble.