Marie Papillon

la tête

Andrea voulait mourir noyée dans la mer. Elle s'imaginait descendre dans l'eau en suivant le fond, sans jamais flotter. À vrai dire, elle serait passée sans grande transition d'un être conscient à un être inconscient, déjà gobée tout entière par la beauté et le mystère des forces gigantesques de l'univers. Andrea s'imaginait sa mort, pour rire, elle n'avait pas vingt ans. Moi je ne savais pas, qui sait ce qu'apprennent celles et ceux qui boivent depuis petit.e.s avec leurs yeux la gnole dans des crânes mexicains, souriants et vêtus de sombreros. Qui sait ce que ça pouvait vouloir dire la mort. Pour moi cela ne voulait rien dire du tout. Andrea est l'une des personnes les plus intenses que j'ai connues jusqu'à présent. Pas la seule. Mais l'une d'elle. Je ne la renierai pas. Elle est sûrement différente aujourd'hui. Et pourtant ce reproche-là, de l'intensité... c'est tout l'amour qui m'avait réveillée. Pour une fois j'avais perdu la tête. Tu peux accepter de perdre ta tête parfois tu sais.